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BORIS BIDJAN SABERI – Sensations Brutes

Boris Bidjan Saberi explore un monde riche d’aspérités, de textures, de territoires surprenants et contrastés. Au fil de ses collections, le créateur allemand a développé la silhouette épurée d’un aventurier urbain...

Boris Bidjan Saberi explore un monde riche d’aspérités, de textures, de territoires surprenants et contrastés.

Au fil de ses collections, le créateur allemand a développé la silhouette épurée d’un aventurier urbain nourri, comme lui, d’ésotérisme et de streetwear. Boris Bidjan Saberi colonise les corps de textiles oeuvrant comme une seconde peau, voire comme une armure.

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Minimalisme, coupes asymétriques, codes couleurs en rapport avec l’environnement, l’esthétique Saberi se fait le miroir des lieux qu’elle traverse, des architectures et des espaces, avec un pied hors du temps, et l’autre bien planté dans son époque.

 

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Plus que l’homme de demain, ce sont les contours d’un nouveau monde que semble imaginer Boris Bidjan Saberi, où l’être, en contact direct avec ses émotions, peut enfin respirer.

 

Vous avez grandi dans une famille sensible à la mode.

Mon père, iranien, et ma mère, allemande, se sont rencontrés dans une entreprise productrice de textiles, où elle travaillait comme secrétaire, et lui comme assistant de production. Une love story typique ! Ma mère a créé une maison spécialisée dans les robes de soirée, et mon père a décidé de fonder sa propre entreprise de production et d’ouvrir son usine. Il produisait donc des vêtements, pour elle comme pour plusieurs autres marques à la fois. Quand je suis né, ils ont tout revendu. Ils pensaient que ça suffisait largement pour vivre, et puis ils avaient aussi envie de voir autre chose. J’ai grandi en Bavière, dans le sud de l’Allemagne, près de la frontière autrichienne, entre Salzbourg et Munich, là où les gens portent la Lederhose, le costume traditionnel de la région. C’était une atmosphère très agréable, très bucolique, propre aux activités sportives. D’un côté, je ne me sentais pas à ma place mais, en même temps, je m’y sentais chez moi. Les Bavarois ne sont pas réputés pour leur ouverture d’esprit, ils avaient du mal à comprendre pourquoi un Iranien avait choisi de vivre là, avec une allemande. Mais je crois que mes parents appréciaient leur différence.

Quitter son pays et trouver un endroit où il se sente vraiment chez lui a été très dur pour mon père, qui n’a jamais oublié ses racines iraniennes. Il a aidé sa famille autant qu’il l’a pu, et a cherché, toute sa vie durant, des moyens de se libérer, et de rendre ce qui lui avait été donné. J’ai hérité de cela. Il m’a appris à chercher ma propre voie, à creuser l’inexploré, et qu’on ne change rien en suivant celle d’un autre. Même quand on partait en randonnée, il prenait plaisir à nous surprendre, en quittant les sentiers balisés : « Non, allons plutôt par-là, ce sera mieux ! »

Je cherche d’autres voies, encore aujourd’hui. Si quelqu’un me dit « c’est comme ça que les choses doivent être faites », je cherche immédiatement d’autres alternatives parce que qui peut vraiment décider de la manière dont les choses doivent être faites ? Ça ne veut pas dire non plus que je fais systématiquement le contraire, juste par principe. D’autres questions se posent, également : « Qu’est-ce que tu ressens ? Qu’est-ce que tu veux ? Comment devrais-tu te sentir ? Qui est-tu ? »

Une fois que j’ai répondu à toutes ces questions, je fonce !

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A quel âge s’est imposée votre vocation ?

Dans ma famille, on a toujours créé. Ma mère créait toute la journée, parfois même à table, dès le petit-déjeuner. Elle avait les idées, mon père leur donnait forme, donc j’ai toujours eu ces deux figures comme exemple. A l’époque, je n’analysais pas tout ça, j’étais juste un enfant qui observait son père : « Faisons ça et ça, fabriquons ça ! » Et il le faisait. C’était drôle. Ma mère était toujours celle qui avait les idées, et mon père passait son temps à suer sang et eau pour les concrétiser, que ce soit abattre un arbre dans le jardin, retapisser le divan, ou même mettre la table. Et lorsqu’on grandit avec ces énergies-là, elles deviennent une partie de soi, et finissent même par définir qui on devient.

Je suis en permanence occupé à quelque chose, je m’intéresse à ce qui est vrai, ce qui est authentique – ce qui va créer une étincelle en moi. J’aime me sentir utile. Je pense tenir ça de mon père. Ma mère, elle, m’a donné la volonté d’expérimenter, de toujours créer, d’essayer, d’adapter, d’improviser afin d’obtenir toujours de nouveaux résultats. J’ai commencé à repenser et à recréer mes vêtements quand j’avais 12 ans, en observant comment les gens s’habillaient et en me demandant ce qui motivait leurs choix. Pourquoi certaines personnes sont-elles plus sensibles à certains tissus qu’à d’autres ? Ça ne s’apprend pas, ça, c’est inné. Mes parents m’ont transmis cet héritage, ça fait partie de mon ADN.

 

Quels souvenirs avez-vous de votre toute première collection ?

Elle était un résumé de ce tout ce que j’avais produit et pensé jusqu’alors. Ce qui était bizarre, c’est que je n’avais aucune idée de ce qu’était la mode. Je connaissais les vêtements bien-sûr, et quelques marques. Je m’intéressais au skate et au hip hop, donc je m’habillais en conséquence, mais à l’époque il n’y avait pas de marques spécialisées dans ces univers-là.

Les seules marques de skate étaient Airwalk et Vision Street Wear – on était la première génération à vivre le skate, donc j’avais l’habitude de porter des jeans Levi’s, des t-shirts Hanes et Fruit of the Loom, et ça me suffisait. J’ai grandi sans accès à internet, qui est arrivé après. Je trouve toujours étrange que les gens comparent les créateurs entre eux, voire les mettent dans le même panier. Ce qui compte, ce sont les intentions et l’expérience. Je n’avais pas accès à la mode avec un grand M. J’ai commencé à porter des pantalons baggy qui tombaient si bas que ma chemise ne pouvait pas cacher mon derrière. Les gens me répétaient « Remonte ton pantalon »… J’ai fini par résoudre ça autrement quand je me suis dit à moi-même que « peut-être, je devrais porter des t-shirts plus longs ». Comme personne n’en fabriquait à l’époque, j’ai dû le faire. J’ai cherché des tissus similaires, acheté 2 t-shirts pour les assembler l’un avec l’autre, ou pris des t-shirts XL que j’ai resserrés.

C’est comme ça que j’ai créé le premier TS1, qui fait aujourd’hui partie des basiques de la marque.

Je me considère comme un designer primitif, parce que tout a commencé de façon très primitive. C’était simple et naïf, et au départ, je répondais simplement à un besoin.

J’ai bien évidemment fait des études de mode, parce que je voulais avoir plus de bagage, et connaître les autres créateurs, que je n’avais jamais eu envie d’étudier parce que j’avais un besoin viscéral d’imaginer et de créer. Mais ça ne m’a pas empêché de faire les choses à ma façon, en abordant les choses comme mon père le faisait, et en créant comme ma mère le faisait. J’ai créé une collection à partir d’éléments disparates qui fonctionnaient ensemble, on ne sait pas comment, et j’ai pensé : « C’est cool ! Le message est fort ! C’est vraiment toi… Il faut que les gens voient ça, parce que créer une histoire cohérente qui n’ait jamais été créée avant avec des pièces s’étalant sur 10 ou 12 ans, c’est impossible ! »

Cette première collection représentait un aspect très personnel de qui je suis. C’était ma vie matérialisée en vêtements. C’était le skate, le hip hop, l’expérimentation. Mes pantalons baggy étaient resserrés au niveau des chevilles parce que le skate bousillait mes ourlets, et des baskets renforcées avec de la gomme parce que je n’avais pas les moyens de m’en acheter des neuves. C’était une histoire amusante et c’était nouveau, enfin, ça l’était pour moi.

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Entre cette collection, et celle que vous venez de présenter… Qu’est-ce qui a changé ?

Le processus créatif, surtout. J’ai maintenant une base que je peux adapter et étendre. J’ai découvert de nouveaux domaines, effacé tout ce que j’avais en tête pour l’intégrer dans les vêtements. Aujourd’hui, la question que je me pose, avec un grand sourire sur le visage, c’est « de quoi as-tu besoin ? »

C’est plus compliqué qu’il n’y parait, parce qu’au final j’ai tout ce que je désire. Sur le plan matériel je n’ai besoin de rien, mais j’aime toujours autant créer, fabriquer, réinterpréter… C’est ma façon de communiquer avec le monde. Il y a des visions définies, des affirmations derrière ce que je fais, et je veux les partager, attirer l’attention, aider les gens à réfléchir, d’une certaine manière. A penser à ce qu’ils veulent, à ce qu’ils ressentent, à penser à eux-mêmes. J’aime les habiller avec des vêtements remplis d’énergie, parce que je sais que mon équipe et moi-même y insufflons beaucoup de positivité, que nous aimons ce que nous faisons.

Cette notion de nécessité est essentielle à mon processus créatif. La dernière collection tournait autour de la science-fiction et du post-humanisme. Je me suis demandé « qu’est-ce qui arriverait si tu n’avais qu’une jambe et que tu devais improviser ? Comment te fabriquerais-tu une seconde jambe avec les objets que tu pourrais ramasser, dans un monde sans ingénieurs, sans ordinateurs, sans imprimantes 3D et sans jambes en titane ? » C’était mon postulat de départ. J’ai juste laissé mon imagination voyager, se perdre, rebondir… J’ai songé à la manière dont tout pouvait rouiller avec le temps, à la rouille et à ses jolis tons bruns et jaunes. J’encourage mon équipe à laisser s’exprimer leurs enfants intérieurs, puis on recommence tout, ensemble, afin de créer une vision plus large, petit à petit, habitée de nos esprits propres.

 

Laisser parler votre enfant intérieur et se concentrer sur vos besoins sont les ingrédients essentiels à votre liberté créatrice. A votre vis, de quoi les gens ont-ils besoin de nos jours ?

Honnêtement, je ne sais pas de quoi ils ont besoin. J’aimerais que les gens ferment les yeux et puissent « ressentir » à nouveau. J’ai la sensation que nombreux sont ceux à avoir perdu tout contact avec leurs émotions, à ne plus se concentrer que sur ce qui les entoure, sur cette époque négative, sans plus prêter attention à ce qu’ils ressentent vraiment.

Quand je conçois une nouvelle pièce, je l’essaie, pour voir quelle sensation elle produit sur ma peau. Si c’est agréable, alors j’ai réussi à créer un nouveau vêtement, quelque chose d’évolué. J’ai besoin de ressentir quelque chose de fort, de si fort que ça fait mal. J’aimerais qu’on ressente le vêtement de cette manière, que mes pièces aient un impact sur les vies de ceux qui les portent. C’est peut-être le cas, sinon les gens n’achèteraient pas mes vêtements. Je n’ai pas envie de créer des pièces bas de gamme parce que j’utilise des matériaux de qualité, parce que j’emploie une équipe talentueuse qui effectue un énorme travail de recherche lors de chaque collection. Ensemble, nous créons des objets et des pièces qui ne demandent qu’à être aimées.

 

Nous avons interviewé Bonotto, l’homme qui se cache derrière la « Fabbrica Lenta ». C’est un philosophe remarquable. Selon lui, tout ce qu’ils font à la « Fabbrica Lenta » c’est unir l’énergie des hommes avec des émotions, de la joie et de l’amour, pour en faire du fil, utilisé pour créer des tissus. Il pense que si leur travail est aussi différent, si autant de créateurs dans le monde veulent utiliser leur tissus, c’est à cause de ça.

J’ai travaillé avec Bonotto, ça me semble logique. Je pense que nous ne travaillerions pas ensemble si nous ne voyions pas la mode sous le même angle, si nous ne mettions pas d’émotions dans notre travail. J’ai beaucoup de respect pour Mr Bonotto parce qu’il crée de la meilleure façon qui soit.

Je fais en sorte d’avoir une vraie connection avec mes collaborateurs. Je ne me considère pas comme quelqu’un de spirituel, j’essaie juste d’aller droit au but et de ressentir les choses. Ils ont une place spéciale dans mon coeur parce que je ne pourrais pas faire ce que je fais sans eux. Je sélectionne tout le monde moi-même, de mes plus proches collaborateurs jusqu’aux producteurs de tissus, jusqu’à ceux et celles qui travaillent dans les usines. Je veux être au courant de tout, afin d’être sûr que tout a un sens. Si ce n’est pas le cas, je fais en sorte que ce le soit. J’ai choisi de fabriquer mes propres tissus et mes propres cuirs. La plupart du temps, nous utilisons des textiles originaux que nous fabriquons de A à Z, parce que c’est la seule façon de sortir du lot et de rester authentique. Parfois ça marche, parfois je cherche des matières qui existent déjà. Heureusement, je ne cours pas après la gloire ni la richesse, je sais que ce n’est pas ma destinée, et je n’ai aucun problème avec ça. Le temps alloué à la création et à la production est limité, et je suis heureux que nous réussissions à faire un tel travail de recherche et à expérimenter à chaque collection, malgré un temps imparti toujours trop court. C’est pour ça que je crée.

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Comment a commencé votre relation avec Leclaireur ?

Martine & Armand Hadida aiment ce qu’ils font, en plus d’être des personnes entières. Ils sont pertinents. Je ne les connaissais pas, j’étais juste un Bavarois aux yeux bleus, inculte en matière de mode. Au fil des années, alors que je présentais mon travail et poursuivais mes études en même temps, le nom de Leclaireur m’est parvenu plusieurs fois. Bien-sûr, j’avais entendu parler des boutiques, mais je ne pouvais imaginer ce dont il s’agissait. Je vivais à Barcelone à cette époque, je n’avais ni le temps ni l’argent pour me rendre à Paris. Mais j’avais le sentiment que nous étions faits pour travailler ensemble, que nous avions les mêmes exigences. Une fois ma première collection terminée, je les ai appelés d’une cabine téléphonique, pour demander à montrer ma collection. Quand je suis arrivé à Paris, avec une partie de la collection dans mes valises, Mr Hadida était en voyage. Il était hors de question pour moi de laisser mon « bébé » là, à Paris, dans une ville qui m’était étrangère. Il n’a donc pas pu voir mon travail cette fois-là.

J’ai passé une année à me demander si j’avais fait un erreur en ne laissant pas ma collection à Paris. Mais c’était écrit. Lorsque nous nous sommes enfin rencontrés, un an après, lors d’un showroom à Paris, j’ai présenté mes pièces et ils en ont acheté, dès la toute première saison, ce qui m’étonne encore. J’admire leur vision et je suis très fier de faire partie de leur sélection.

 

Vous avez commencé très jeune, grâce au skate, au hip hop et à toute cette pop culture qui vous a profondément influencé. Vous faites toujours du skate ?

Le hip hop constitue aujourd’hui une part de moi, je ne m’en lasse pas. C’est inouï d’être aussi absorbé par quelque chose qui s’est développé si loin de mes origines. Je pense que ça a toujours résonné en moi parce que nous étions une bande de potes qui sortaient du lot, nous devions lutter pour résister à la drogue, à la violence. On voulait défendre quelque chose. C’est ce que je faisais, je pense, en Bavière, de façon modeste, à ma façon : j’étais un gamin qui faisait du skate, et qui essayait de se battre pour quelque chose. Je crois que c’est toujours ce que je suis. Ça m’est égal de transpirer, de saigner pour ce qui me parait juste, pas pour l’argent ni pour moi, mais pour le monde, d’une certaine façon. Le hip hop m’entoure quotidiennement, presque exclusivement. J’essaie de suivre chaque nouvel artiste, chaque mouvement du genre, même si c’est devenu en partie assez commercial et factice, comme partout ailleurs. Mais il y a toujours des nouveaux talents, des sons qui auraient tout à fait eu leur place dans la scène underground des années 90.

J’aime toujours faire du skate, ça me reconnecte avec le sentiment de liberté que j’avais à l’époque. Mais, pour rentrer les tricks, c’est plus douloureux… Je me sens comme un papy du skate.

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